
LIVRET PÉDAGOGIQUE
Livret conçu par Camille Froidevaux-Metterie, philosophe et professeure des universités.
À destination des professeurs et des professeures,
des référents et des référentes égalité, des éducateurs et des éducatrices.
Toute reproduction, même partielle, est soumise à l'autorisation des auteurs
et doit obligatoirement citer la source.
Mise à jour 10/03/26
Séance introductive
Présentation
Les petits mâles donne la parole à une trentaine de garçons âgés de 7 à 18 ans, rencontrés sur tout le territoire et issus de tous milieux. Nous les avons interrogés sur les enjeux majeurs de l'égalité : apparence physique, injonctions esthétiques, amitiés et sentiments, sexisme et violences sexuelles, fluidité des genres et droits LGBTQI.
En résonance avec leurs propos, des femmes de la génération de leurs grands-mères déroulent le fil de leur vie, évoquant les « hommes d’hier ». Le contraste avec ces garçons, hommes de demain, révèle l’ampleur des mutations sociales en cours.
Conçu comme un parcours pédagogique interactif d’éducation à l’égalité, ce projet vise à susciter chez les élèves une prise de conscience des mécanismes qui reproduisent les stéréotypes de genre et nourrissent les violences. En tendant ce miroir aux adolescents, Les petits mâles est un outil de développement de l'esprit critique et une base de discussion transgénérationnelle.
La ressource est structurée en 12 thématiques :
(cliquer sur l'épisode pour voir le livret correspondant)
ÉPISODE 1 : À la maison
ÉPISODE 2 : À l’école
ÉPISODE3 : Être fille/garçon
ÉPISODE4 : L’apparence
ÉPISODE5 : L’amitié
ÉPISODE6 : L’amour
ÉPISODE 7 : Les émotions
ÉPISODE8 : La pornographie
ÉPISODE 9 : LGBTQI
ÉPISODE 10 : Harcèlement et sexisme
ÉPISODE 11 : Violences
ÉPISODE 12 : Le féminisme
Autour de l'affiche (visible ici)
- Que comprenez-vous du titre ?
- Que signifie le mot "mâles" ? Et pourquoi "petits" ?
- À quels thèmes le sous-titre fait-il penser ? (Un film pour l'égalité et contre le sexisme)
- L’affiche est colorée et véhicule ainsi un message plutôt positif ? Pourquoi ?
- Pourquoi cette variété des participants ?
- On y voit une bande de garçons réunis devant ce qui pourrait faire penser à des ruines : cela pourrait-il avoir un sens caché ?
- Pourquoi avoir choisi cette typographie ?
(son aspect "BD" indique que le film est destiné à des jeunes)
Autour de la bande annonce (visible ici)
- Qu'est-ce qu'un documentaire ?
- À quelle période ont été tournées ces images Super 8 et d'où proviennent-elles ?
(en 1970 ; elles proviennent de la famille du réalisateur et le petit garçon de 3-4 ans c'est lui !)
Autour de la construction du film
- Pourquoi ce carton « Avertissement » avant le film et devant chaque épisode ?
(Il s’agit d’un Trigger warning destiné à prévenir les spectateurs/trices que certains sujets difficiles vont être abordés. Cela permet aux personnes concernées par ces sujets de s'abtenir de regarder le film si elles le souhaitent pour ne pas réveiller leur souffrance)
- Le réalisateur a illustré/chapitré son film avec des images de lui (en Super 8)
quand il avait 3-4 ans, que veut-il ainsi exprimer ?
(Il a voulu d'une part introduire la génération manquante entre les garçons et les femmes âgées, celles des parents. Mais c'est aussi pour rendre "visible" le passage du temps)
- Pourquoi le réalisateur a-t-il ponctué son film de témoignages de femmes âgées ?
(Les témoignages forts et émouvants de ces femmes nous font prendre conscience des avancées permises par les combats féministes, mais aussi de tout ce qu’il reste à faire. Le contraste saisissant avec les "hommes de demain" révèle l’ampleur des mutations en cours)
- Pourquoi le nom et prénom des participant.e.s n’apparaissent-ils pas à l’image ?
(Pour ne pas influencer le spectateur avec l’état civil et lui permettre de « mieux écouter ».
Le fait que les participants soient en partie anonymisés a par ailleurs compté dans leur décision d’accepter de passer devant la caméra)
ÉPISODE 1 - À la maison
Chapitrage
De quoi parle-t-on ?
Depuis l'Antiquité grecque, les femmes sont définies par leurs fonctions sexuelle et maternelle. Tout au long de l'histoire et jusqu'à aujourd'hui, on a considéré qu'elles devaient d’abord et avant tout s’occuper de leur foyer : nourrir, habiller et élever les enfants, ranger et nettoyer la maison, faire les courses et cuisiner pour toute la famille. Ce partage entre un domaine privé-familial-féminin et un domaine public-social-masculin fonde une hiérarchie : les activités masculines sont considérées comme supérieures aux activités féminines, les hommes autorisés de ce fait à dominer les femmes. Celles-ci assument donc l'immense majorité des tâches domestiques. C'est ce qu'on appelle la division sexuée du travail.
Ce n’est pas parce qu'elles travaillent désormais autant que les hommes que ces charges ont été mieux partagées. Les femmes continuent d'effectuer l’essentiel du travail ménager et parental, en plus de leur activité professionnelle. Cette gestion inégalitaire de la vie familiale au sein du couple implique que les femmes subissent une charge mentale importante.
Femmes et hommes restent ainsi enfermés dans des stéréotypes de genre qui leur imposent d’obéir à des rôles déterminés qui attendent des femmes qu’elles se dévouent à leur famille et restent « à l’intérieur », quand les hommes sont encouragés à travailler et jouissent de la liberté d’explorer le monde « extérieur ».
Des notions-clés
Division sexuée du travail : aux femmes la procréation, le soin aux enfants et la soumission au chef de famille, aux hommes la création, le travail et l’autorité familiale.
Charge mentale : renvoie à l’effort quotidien de gestion, d’organisation et d’anticipation de la vie de tous les membres de la famille. Ce sont les femmes qui doivent « penser à… » : prendre rdv chez le pédiatre, payer la cantine scolaire, racheter de la lessive, inscrire aux activités extra-scolaires, rappeler à leur partenaire de faire une course, acheter les cadeaux pour la belle-famille, réserver des billets de train, etc.
Stéréotypes de genre : ensemble de représentations et de préjugés imposant aux filles et aux garçons de correspondre à des valeurs et des comportements soi-disant féminins ou masculins. On attend d’elles qu’elles soient calme, douces, attentives aux autres, on attend d’eux qu’ils soient énergiques, courageux, doué de l’esprit de compétition. On trouve normal qu’elles pleurent, qu’elles aient peur, qu’elles soient maladroites. On trouve normal qu’ils se mettent en colère, qu’ils se battent, qu’ils aient de moins bons résultats scolaires.
Quelques chiffres
- 60% des enfants âgés de 8 à 16 ans font le constat que c’est leur mère qui fait le plus de choses à la maison (étude Ipsos 2018).
- 68 % des femmes font la cuisine ou le ménage chaque jour, contre 43 % des hommes, soit tout de même 10 points de plus en dix ans (Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes, 2022).
- Les femmes passent en moyenne chaque jour 3 heures aux tâches domestiques quand les hommes y consacrent 1h45. Les mères consacrent 1h30 par jour aux tâches parentales, les pères 40 minutes (Observatoire des inégalités 2023).
- 65% des filles âgées de 15 à 24 ans déclarent avoir reçu des jouets "féminins" contre 33% des joutes "masculins" ; 80% des garçons de 15-24 ans ont reçu des jouets "masculins", contre 19% des jouets "féminins" (Rapport Haut Conseil à l'Égalité 2024).
Citations extraites du film à commenter ensemble
«Elles sont plus douées en ménage que nous les garçons. Moi, quand je prends le balais pour balayer, il reste encore des traces partout, mais quand c’est ma sœur qui le prend, on voit plus rien»
«C’est plutôt dû à l’éducation qui fait que les femmes tendent plus vers ce qui est l’alimentation, le nettoyage et les vêtements des enfants. Les hommes seraient plus à même de faire certaines choses comme de faire les travaux par exemple. J’ai plus tendance moi-même à réparer des choses dans ma maison, à ranger mes affaires, plutôt que de faire à manger ou à nettoyer mes vêtements»
«Elle a juste une charge mentale plus élevée que mon beau-père. Il pense pas forcément à faire des choses que elle, elle penserait à faire. Ils se répartissent bien les tâches, mais il y a parfois des oublis, et quand il y a des oublis, c’est sûr que c’est ma maman qui va rattraper l’oubli. Y’a toujours ce petit héritage, ce petit truc qui fait que c’est plus normal qu’une femme soit débordée par des taches ménagères plutôt qu’un homme»
Ateliers en classe ou en groupe
Autour de la mise en scène :
- Le cadre est assez large, de façon à voir le corps et les mains, et la caméra est fixe. Pourquoi le réalisateur a-t-il choisi de filmer ainsi les participants ?
- Ces garçons vous paraissent-ils sincères ? Leurs silences ou leurs malaises nous racontent-ils aussi quelque chose ? Ces témoignages auraient-ils le même sens s'ils avaient été seulement sonores (dans un podcast par exemple) ?
- Pourquoi selon vous le réalisateur parle de son film comme « un film-miroir qui permet à chacun.e de se situer sur le féministomètre » ?
(Le féministomètre est une invention de Laurent Metterie inspirée par le violentomètre. C'est une échelle des comportements du plus viriliste au plus féministe)
Autour des inégalités dans les activités des femmes et des hommes :
- Est-ce que leurs grands-mères avaient une activité professionnelle, un travail rémunéré, en-dehors de la maison ? Et leurs mères ?
- Qui s’occupe du ménage à la maison ? Votre mère ? Votre père ? Et des courses ?
Et des lessives ?
- Les garçons font-ils aussi bien la cuisine que les filles ? Pourquoi ?
- Aux garçons, puis aux filles, de la classe : que faites-vous à la maison ?
- Doit-on dire que les garçons/hommes aident leurs mères/femmes ? Ou plutôt qu'ils assument, comme elles, les obligations liées à une vie de famille (ménage, courses, lessives, soin aux enfants) ?
- Comment pourrait-on faire pour que les hommes participent davantage aux tâches domestiques et parentales ?
Autour des stéréotypes de genre :
- On dit des filles qu’elles sont…
(faibles, peureuses, douces, bavardes, timides, gentilles, jolies, sages, etc.)
- On dit des garçons qu’ils sont…
(forts, courageux, brutaux, silencieux, durs, turbulents, etc.)
- Que font les filles très souvent ?
(elles pleurent, elles tombent, elles médisent, etc.)
- Et les garçons ?
(ils crient, ils courent, ils frappent, etc.)
- Est-ce que c’est normal pour un garçon de pleurer ? Pourquoi les garçons ne parlent-ils pas de leurs sentiments et de leurs émotions ? Pourquoi les filles le font plus facilement ?
(voir aussi l'épisode n° 7 "Les émotions")
Ressources
- La BD Fallait demander de Emma sur la charge mentale.
- Les affiches à imprimer de Élise Gravel pour mieux comprendre les stéréotypes de genre.
- Camille Froidevaux-Metterie, Être féministe, pour quoi faire ?, La Martinière, 2023.
ÉPISODE 2 - À l'école
De quoi parle-t-on ?
Vers l'âge de trois ans, les enfants manifestent une conscience des activités typiquement genrées (cuisiner ou nettoyer pour les filles, jouer avec des voitures ou grimper aux arbres pour les garçons) et commencent à utiliser correctement des mots référés au genre. La socialisation genrée s'avère donc précoce, dans le cadre familial, puis se prolonge à l’école.
Des études montrent que les qualités supposément féminines (calme, sérieux, prudence, faiblesse, expressivité des émotions, meilleur respect des règles) et masculines (énergie, insouciance, courage, force, répression des émotions, plus grande propension à la désobéissance) sont entretenues par les enseignant·es qui considèrent par exemple que les filles sont plus studieuses et plus investies dans les activités scolaires que les garçons (Insee 2022).
Par ailleurs, l’univers culturel des 6-14 ans est marqué par de forts clivages de sexe qui se renforcent à l’adolescence, avec la valorisation d’une virilité caricaturale d’un côté et d’une féminité hypersexualisée de l’autre. Cette forte distinction genrée se traduit par une juxtaposition des groupes de sexe : filles et garçons se tournent autour, se provoquent, se séduisent, mais sans jamais vraiment vivre ensemble. La mixité cache en réalité une séparation genrée.
Des notions-clés
Socialisation genrée : dès la petite enfance, les filles et les garçons apprennent les codes et les comportements dits féminins et masculins. Cet apprentissage qui est aussi une intériorisation passe par la famille (couleurs des vêtements, jouets, aménagement de la chambre) et par l’école (organisation spatiale – coin dînette, terrain de foot au milieu de la cour de récréation, manuels scolaires, activités genrées, orientation différenciée dans les filières littéraires/scientifiques).
Mixité : la loi Haby de 1975 impose le principe de mixité à tous les établissements publics, pour tous les niveaux d’enseignement et dans toutes les classes. Mais cette injonction n’a pas produit les effets escomptés (absence de mixité dans la cour). La mixité n’est pas une valeur, elle doit être une pratique (lutter par exemple contre l’organisation sexuée des espaces scolaires).
Quelques chiffres (Rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes 2024)
- Le foot occupe 90 % des espaces disponibles des cours de récréation et 70 % de l’espace collectif.
- 70% des prises de parole sans autorisation sont le fait des garçons, qui représentent aussi les 3/4 des punitions ou sanctions disciplinaires.
- 49% des femmes de 25-34 ans déclarent avoir vécu des inégalités de traitement à l’école. Les filles sont interrogées 30 % de temps en moins que les garçons, qui sont davantage poussés à réussir.
- 51% des Français·es pensent que les situations sexistes ne sont pas condamnées par les enseignant·es et 68% que les inégalités entre filles et garçons ne sont pas évoquées à l’école/collège/lycée.
- À la sortie du collège, la motivation des filles chute et devient nettement inférieure à celle des garçons, quels que soient les milieux sociaux.
- Il y a 55 % de filles dans l’enseignement supérieur, mais la part des femmes en école d’ingénieurs atteint à peine les 30 % alors qu’elles sont plus de 70 % en lettres et langues.
- 74% des femmes déclarent n’avoir jamais envisagé d’études supérieures ou de métiers dans un domaine technique ou scientifique, contre 41% des hommes.
- Moins de 10% des textes étudiés à l’école ont été écrits par des femmes.
- Moins de 15% des élèves à l’école et au lycée, et moins de 20% des élèves au collège, bénéficient des trois séances d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle.
Citations extraites du film à commenter ensemble
« Dans les deux classes de CE1, c’est les deux filles qui sont les plus fortes. Je sais pas pourquoi… parce que les garçons ils bougent beaucoup, ils courent beaucoup. Ils aiment bien bouger, alors que les filles, eux ils sont calmes. »
« Elles aiment bien aider les autres, ceux qui ont du mal en classe. Par contre, elles veulent toujours être la première quand il faut terminer un exercice. Et des fois elles se vantent qu’elles sont meilleures. »
« C’est peut-être dans la manière elles ont été éduquées, on a vu ça en SES, c’est le dernier chapitre de SES. Les filles elles doivent comme ça ! et les garçons ils sont un peu plus libres, on leur donne des activités sportives, on les laisse aller dehors. Mais sinon, je pense qu’une fille peut être aussi sérieuse qu’un garçon et inversement. ».
Ateliers en classe ou en groupe
Autour de la structuration genrée du cadre scolaire :
- Comment est organisée la cour de l’école/du collège/du lycée ? Qu'en pensez-vous ?
- Est-ce qu’on peut repérer des espaces réservés aux garçons, et d’autres aux filles ?
- Est-ce qu’il y a des activités que les filles ne sont pas autorisées à faire (sans que ce soit explicitement dit) ?
Autour du rôle des enseignant·es :
- Avez-vous le sentiment parfois que les filles sont traitées différemment des garçons par les enseignant·es ? Sur quels sujets précisément ?
- Que pourrait-on faire pour développer un traitement plus égalitaire des filles et des garçons ?
- Est-ce que cela serait utile parfois de travailler en groupes non-mixtes ? Quels en seraient les avantages ?
Autour des compétences différenciées des filles et des garçons :
- Dans quelle matières/disciplines les filles sont-elles meilleures que les garçons ? Pourquoi à votre avis ? (et inversement)
- Quels sont les métiers qui vous attirent, vous les filles, vous les garçons ?
- Est-ce qu’une femme peut exercer les mêmes métiers qu’un homme ? (et inversement)
Ressources
- Ouvrage fondateur d'Elena Gianini Belotti, Du côté des petites filles [1975], Éditions Des Femmes, Poche, 1994.
- Amandine Hancewicz et Manuela Spirelli, Éduquer sans préjugés. Pour une éducation non-sexiste des filles et des garçons (0-10 ans), JC Lattès, 2021.
ÉPISODE 3 - Être fille / garçon
De quoi parle-t-on ?
Être fille ou garçon, cela passe d’abord par le physique et des processus physiologiques spécifiques. Chez les filles, les règles sont le marqueur de leur condition féminine : elles disent mensuellement qu’elles sont en capacité de procréer. Mais les règles restent négativement connotées, on les associe communément à la souillure et à l’impureté, on impose de les dissimuler et de les taire. Cela génère souvent chez les filles un sentiment de honte et chez les garçon des réticences à en parler.
Être fille ou garçon, c’est aussi un fait culturel et socialement construit. Au cours de la socialisation genrée (cf. fiche 2), les enfants apprennent à adopter les comportements conformes à ce que la société identifie comme féminin ou masculin. C’est ce que recouvre la notion de genre. Ce que cela implique, pour les enfants et les adolescent·es, c’est un ensemble d’attentes et même d’injonctions relatives à leur apparence et à leurs comportements. Quand les codes genrés sont survalorisés, comme c’est le cas à l’adolescence, ils se transforment en modèles caricaturaux, virilité d’un côté, féminité hyper sexualisée de l’autre. Ce peut être alors difficile pour les filles et les garçons d’y souscrire
Des notions-clés
Genre : renvoie au processus par lequel un enfant né de sexe féminin ou masculin devient fille ou garçon par l’apprentissage et l’intériorisation des comportements et des modes de pensée associés à son sexe de naissance. La notion désigne une construction sociale et implique donc que l’on puisse déconstruire les codes genrés.
Virilité : ensemble de normes définissant une version caricaturale du masculin. Valorisation de la force jusqu’à encourager la violence, exigence de la performance jusqu’à nier les faiblesses, exaltation de la conquête jusqu’à valider la domination.
Féminité : ensemble de normes définissant une version caricaturale du féminin. Valorisation de la beauté jusqu’à en faire une obsession quotidienne, minoration de l’accomplissement social jusqu’à prescrire l’idéal domestique, exigence de disponibilité sexuelle jusqu’à nier le consentement.
Quelques chiffres (Rapport du Haut Conseil à l’égalité 2025 et 2026)
- 70% des hommes pensent qu’un homme doit assurer la sécurité financière de sa famille pour être respecté (mais aussi 63% des femmes), 31% pensent qu’il faut savoir se battre.
- 78% des femmes pensent que, pour correspondre à ce qu’on attend d’elles, il faut qu’elles soient sérieuses, et 60% qu’elles soient discrètes.
- 58% des jeunes femmes de 25-34 ans pensent qu’une femme doit faire passer sa famille avant sa carrière professionnelle (contre 46% pour la moyenne des femmes).
- 58% des femmes ont déjà renoncé à faire des activités seules, 44% font attention à ne pas parler trop fort, 43% ont censuré leurs propos par crainte de la réaction des hommes.
- Dans les vidéos accessibles sur les plateformes (YouTube, Instagram et TikTok), les personnages principaux masculins sont surreprésentés (84%) et se montrent plus actifs (82%) que les personnages principaux féminins (53%) qui sont moins actifs (53%) et souvent représentés dans un cadre domestique.
- 92% des vidéos présentent des éléments physiques stéréotypés pour les personnages féminins (robes, motifs fleuris, paillettes, bijoux, etc.) et masculins (habits unis, cheveux courts, muscles, uniformes, etc.).
Citations extraites du film à commenter ensemble
« C’est trop bizarre et ça me dérange. Le fait de parler des règles tout ça… Quand tu penses, c’est du sang, et je n’aime pas le sang. J’aime pas parler des règles avec les filles ».
« Les règles, ça me dérange pas, c’est les choses de la vie, donc il faut les apprendre »
« On peut être un garçon et aimer certaines choses de filles. On peut être entre les deux. Pour moi, y’a pas trop de cases garçon et fille. Parce qu’une fille peut faire des trucs de garçons, plein de choses que les garçons font, donc il n’y a pas de cases. Puisque le foot, ça peut être attribué à tout le monde, la danse classique, ça peut être attribué à tout le monde. C’est pour tout le monde ».
Ateliers en classe ou en groupe
Autour du féminin et du masculin :
- Quels sont les signaux physiques qui montrent qu’une personne est une femme ? Un homme ?
- Quels types de comportements sont typiques des garçons dans l’espace public ? (parler fort, se bagarrer, prendre de la place dans l’espace, comme écarter les jambes dans les transports en commun).
- Qu’est-ce que ces comportements disent de ce que c’est d’être un garçon ?
- Comment les filles doivent-elles se comporter en public ? (être discrète, contenir leurs gestes, marcher vite) Pourquoi à votre avis ?
Aurtour des activités genrés :
- Quels sont les sports typiquement masculins ? Et typiquement féminins ?
- Est-ce que l’on peut imaginer des filles faire du rugby ou de la boxe et des garçons de la danse classique ou de la natation synchronisée ?
- À quels jeux vidéos jouent les garçons ? Et les filles ? Que pensez-vous des différences dans les contenus et les histoires racontées ?
Ressources
- Dr Kpote, Pubère la vie. À l’école des genres, Éditions du détour, 2023.
- Podcast Les couilles sur la table, épisode n° 87, « Dans la tête des ados ».
ÉPISODE 4 - L'apparence
De quoi parle-t-on ?
Durant les années collèges, filles et garçons traversent les étapes de la puberté. Leurs corps se transforment en se sexuant. Cette sexuation est synonyme, pour les filles spécifiquement, de sexualisation. Elles se trouvent alors soudainement placées sous les regards qui objectivent leur corps, le réduisant à sa nouvelle fonction sexuelle. Les adolescentes subissent de ce fait tout un spectre d'agressions, allant de la simple remarque sur leur apparence jusqu'au viol, en passant par les les injures et les agressions sexuelles.
Les années de la puberté sont aussi celles durant lesquelles l’apparence devient centrale dans la définition de soi. La plus ou moins grande conformité à la mode et aux normes de beauté trace des lignes qui séparent celles et ceux qui sont « stylé·es » et « populaires » de tous les autres. Les réseaux sociaux prescrivent les normes dominantes et diffusent cette idéologie ravageuse selon laquelle toute personne peut devenir « la meilleure version de soi-même » en s'efforçant de souscrire aux idéaux esthétiques. Préoccupé·es de ne pas être rejeté·es et de correspondre aux normes, les adolescent·es subissent de plein fouet ces injonctions. Celles et ceux qui n'y parviennent pas et/ou qui s'éloignent trop des normes dominantes, les personnes grosses par exemple, subissent souvent du harcèlement.
Des notions-clés
Sexuation/sexualisation : l’apparition des marqueurs de la sexuation se produit différemment pour les filles que pour les garçons. Chez elles, elle est immédiatement visible (les seins poussent, les formes s’arrondissent, les règles surviennent), chez eux, elle se fait plus discrète (les poils prolifèrent, mais sous les vêtements, les testicules se développent « en secret », seule la mue de la voix indique peut-être le changement d’état). Pour les filles, cela s’accompagne d’une immédiate sexualisation, c’est-à-dire d’un changement du regard porté sur elles qui les considère désormais comme des corps sexuels « disponibles ». Le fait que la majorité sexuelle soit fixée à 15 ans témoigne de cette précoce assignation à la disponibilité sexuelle. Les garçons ne subissent rien de tel.
Grossophobie : ensemble des discriminations, des stigmatisations et des violences subies par les personnes obèses ou en surpoids. L'intériorisation de la grossophobie commence dès l'enfance dans la famille et à l'école, elle produit des effets durables sur l’estime de soi, la représentation de son propre corps et l’intimité sexuelle. La grossophobie inclut des préjugés sur la santé et l’hygiène de vie des personnes grosses (pathologisation), leur hypersexualisation ou leur désexualisation, des discriminations dans l’accès aux soins, des obstacles dans l’espace public et des atteintes psychologiques et morales. Elle se manifeste par des injonctions culpabilisantes non sollicitées et récurrentes. Une proposition de loi de septembre 2025 entend inscrire expressément la grossophobie dans le code pénal comme critère de discrimination.
Quelques chiffres
- En 2019, pour la première fois, les 18-34 ans ont davantage eu recours à la chirurgie esthétqiue que la génération de leurs parents, les 50-60 ans.
- En France, 30 à 35 % de la population est aujourd'hui considérée en surpoids sur la base de l'IMC, à quoi il faut ajouter les gens obèses. Cela signifie que la moitié de la population serait concernée, ce qui enjoint les scientifiques à demander à ce que cet indicateur (qui divise les kilogrammes par la taille sans analyser la composition corporelle ou la santé dans le détail) soit supprimé car il biaise non seulement la représentation du poids, mais aussi nourrit la pathologisation.
- Les enfants et adolescent·es en situation d'obésité subissent 4 fois plus de discriminations que les autres. Parmi les 14-17 ans, 35% en sont victimes (Rapport de Ligue sur l'obésité 2021).
Citations extraites du film à commenter ensemble
« Les mini-jupes, faut pas les interdire, mais faut vraiment réfléchir avant de porter ça, parce qu’il y a des gens, d’autres élèves ou des adultes, qui peuvent être un peu attirés par ça et… comme on peut voir facilement ce qu’il y a en dessous… »
« J’ai l’impression que les filles ont plus besoin d’être belles, parce que ça s’est fait comme ça et c’est resté, mais faudrait que ça change »
« Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, surtout avec Tiktok, on a une grande pression, parce qu’on voit que des gens magnifiques, que des gens beaux, que des gens parfaits, parce que c’est ce que les gens likent le plus. Du coup, on se compare forcément et c’est horrible à dire, mais je passe ma vie à me comparer aux autres ».
Ateliers en classe ou en groupe
Autour des femmes âgées :
- Que nous racontent les vieilles dames à propos de l'apparence ?
- Est-ce que la dame avec la robe rouge a compris pourquoi on l’appelait « la bombe » ? Qu’est-ce qui explique qu’elle n’ose pas faire le lien avec son physique ?
- La dame avec le pull rouge voulait être mince quand elle était jeune fille. À votre avis, depuis quand les femmes subissent-elles la pression à être toujours plus mince ? [depuis le début du 20e siècle, quand les vêtements ont commencé de dévoiler le corps]
- Quand la dame en bleu déclare « si elles se font remarquer (par leur tenue ou leur maquillage), faut pas qu’elles pleurent ? », qu’est-ce qu’elle veut dire par là ? Est-ce qu’elle ne dit pas quelque chose que vous avez déjà entendu ?
Autour de la liberté de s’habiller comme on veut :
- Pensez-vous que certains vêtements devraient être interdits au collège/lycée ? Lesquels et pourquoi ?
- Pourquoi les filles devraient-elles cacher certaines parties d leur corps ? Le problème n’est-il pas plutôt celui du regard qui se pose sur elles ?
- Pensez-vous que les garçons peuvent porter des jupes ? Et se mettre du vernis à ongles ? Pourquoi cela vous choque ?
Autour de la pression à la beauté, à la minceur et au corps "fit" :
- Est-ce que vous vous comparez souvent aux autres vous aussi ?
- Quel rôle selon vous jouent les réseaux sociaux dans cette logique de comparaison permanente ?
- Qu’est ce que ça veut dire « trop vouloir plaire » ? Pourquoi c’est un problème pour le garçon qui en parle ?
- Aux filles : est-ce que vous ressentez une pression à paraître jolie ? D’où vient-elle ?
- Et vous les garçons, ressentez-vous une pression sur votre apparence, à être musclé par exemple ?
- Pourquoi les personnes en surpoids sont-elles si souvent victimes de moqueries et de discriminations ? Qu'est-ce que cela dit des normes corporelles dominantes ?
- Quelle importance a pour vous votre apparence ? (sur une échelle de 1 à 10)
- Est-ce qu’on se maquille et qu’on s’habille pour les autres ou pour soi ?
- Quelles sont les personnes qui vous inspirent au niveau de leur apparence ? Qu’est-ce que vous aimez chez elles ?
Ressources
- Christine Van Geen, Allumeuses. Genèse d’un mythe, Seuil, 2024.
https://www.seuil.com/ouvrage/allumeuse-christine-van-geen/9782021544053
- Camille Froidevaux-Metterie, Seins. En quête d’une libération, Anamosa, 2018 (Points 2022).
- Daria Marx, Gros n'est pas un gros mot : chroniques d'une discrimination ordinaire, Flammarion, 2018.
ÉPISODE 5 - L'amitié
De quoi parle-t-on ?
À l’adolescence, le temps passé avec la famille diminue et celui passé avec ses ami·es augmente. Ces relations d’amitié s’avèrent être compartimentées au prisme du genre. Les amitiés entre filles et garçons deviennent difficiles, voire impossibles, à mesure que l’on avance dans l’âge des premiers émois amoureux et sexuels.
La puberté conforte en effet l’appartenance à un sexe. Garçons et filles font l’expérience d’une intensification des attentes de rôles de genre et des pressions de socialisation pour se conformer aux rôles de sexe masculin et féminin. Ces attentes et ces pressions se manifestent au sein des relations d’amitié par des logiques de comparaison et d’auto-évaluation qui peuvent être douloureuses.
Les filles entrent dans une logique de compétition (laquelle sera la plus belle, la mieux habillée, la plus populaire) qui a des effets négatifs sur la confiance en soi. Le mépris dont parle un des garçons dans le film dit quelque chose de la façon dont le geste de mépriser fonctionne comme un mécanisme de réassurance de soi (si l’autre est méprisable, c’est que je ne le suis pas).
Des notions-clés
Amitié : sentiment réciproque d’affection ou de sympathie qui ne se fonde ni sur les liens du sang ni sur l’attrait sexuel et se manifeste par une proximité volontaire entre deux personnes partageant des liens et des centres d’intérêt mutuels (Valérie Golly-Ledoux, voir ressources).
La sociologue étatsunienne Karen Walkern a montré que l'on peut distinguer des modalités différenciées d'amitié selon le genre (Men,Women and Friendship, 1994). Les amitiés des garçons se construisent côte à côte : ils jouent ensemble, ils font la même chose, des situation qui passent essentiellement par le corps. Quand les amitiés des filles se passent davantage en face-à-face, elles sont fondées sur des conversations, des histoires, des partages de secrets, des situations où le langage est plus central.
Quelques chiffres
- En primaire, 6 filles sur 10 et 7 garçons sur 10 déclarent avoir des amis du même sexe qu’eux, mais cela monte à 80% d’entre elles et eux quand cela concerne leur « meilleur·e » ami·e.
- Seulement 20 % disent avoir des amitiés mixtes (avoir un groupe composé d’autant de camarades de l’autre sexe que du même), et seulement 10 % à avoir autant de meilleures amies que de meilleurs amis.
- 25 % des adolescents n’ont pas d’amis (pas de pairs qui les déclarent comme amis).
Citations
« Pour moi, c’est comme chiens et chats. Un chat et chien peuvent bien s’entendre, mais deux chiens s’entendront toujours mieux ».
« C’est surtout l’attitude envers les autres… du mépris souvent. Je trouve qu’il y a pas mal de filles qui méprisent beaucoup les autres. Et les garçons aussi un peu, mais surtout les garçons, souvent ça bâche… »
« Avec mes amis garçons, on se dit tous nos défauts, genre ‘eh mais t’es habillé en fluo aujourd’hui !’, mais j’ai peur de blesser les filles en faisant ça, de blesser mes amies filles, en disant ‘eh mais t’as un gros nez !’ »
Ateliers en classe ou en groupe
Autour de l’amitié
- Quelle place tient l’amitié dans votre vie ?
- Sur quoi repose une relation d’amitié ? Qu’est-ce qui la fait tenir ?
- Une fille et un garçon peuvent-ils être de véritables amis ?
Autour de la mixité
- Que nous apprennent les vieilles dames des relations entre filles et garçons quand elles avaient votre âge ? (la non-mixité à l’école).
- Aimeriez-vous être dans un collège/lycée non-mixte ? Quels avantages et inconvénients cela pourrait avoir ?
Ressources
- Dossier : Les lois de l'amitié, du web aux cours de récré, Conversation, septembre 2022. Voir notamment Valérie Golly-Ledoux, "L’amitié fait-elle toujours du bien aux adolescents ?".
- Giulia Foïs, Et si l'amitié pouvait tout changer ?, La Martinière ALT, 2026.
ÉPISODE 6 - L'amour
De quoi parle-t-on ?
La plupart des enfants âgés de 6 à 11 ans savent différencier l’amour de l’amitié, mais comme l’a montré le sociologue Kevin Diter, les représentations qu’ils en ont diffèrent selon que ce sont des filles ou des garçons. Le sentiment amoureux est ainsi teinté d’une forte coloration féminine : « L’amour, c’est un truc de filles ! » disent les garçons, mais les filles elles aussi pensent que les histoires d’amour « c’est plus important pour les filles ».
Ces réactions témoignent de la force de processus de socialisation qui produit les (dé)goûts sexués pour le sentiment amoureux. Les vêtements siglés I love U ou les bijoux/gadgets ornés de cœurs sont réservés aux filles et moqués par les garçons, les jouets, séries et livres véhiculent des représentations stéréotypées qui font peser sur les filles une forme d’injonction à la sentimentalité.
La relation amoureuse est par ailleurs pensées et représentée, par les enfants quel que soit leur genre comme une relation intime, affective et sexuelle entre deux personnes de sexe différent. Quand on leur demande de dessiner une histoire d’amour, toutes et tous mettent en scènes un personnage masculin et un personnage féminin.
À l’adolescence, tout change, la rencontre et le passage au couple deviennent des objectifs centraux qui enracinent la norme conjugale hétérosexuelle dans les relations (voir notions-clés). La mise en couple devient la manifestation d’une norme contraignante intériorisée quasi unanimement par les garçons comme par les filles.
Des notions-clés
- La norme conjugale : Sur la base de trois enquêtes menées sur vingt ans, la sociologue Isabelle Clair a montré que comment la norme conjugale faisait irruption au moment de l’entrée dans l’adolescence, l’expérience du couple devenant une référence centrale. Le désir de rencontre l’emporte alors sur le désir pour la personne. La norme conjugale entretient par ailleurs les rapports de genre, elle enracine la hiérarchie entre des garçons qui conquièrent et disposent, et des filles qui attendent et subissent.
- La performance conjugale : Comme l’a montré Isabelle Clair, les adolescent·es tendent à adopter des comportements conformes aux attentes genrés en matière de relations amoureuses. Pour les garçons, il s’agit de se « se montrer à la hauteur de leur sexe » et de tenir à distance la figure-repoussoir du « pédé » en s’engageant dans des pratiques dites masculines (le foot, le rap, etc.) et en cherchant à s’imposer au sein du groupe de ses pairs. Pour les filles, il s’agit de construire une féminité respectable en mettant à distance la figure-repoussoir de la « pute » et en investissant le projet difficile de trouver « le bon ».
Quelques chiffres [(sources : enquêtes EnCLASS 2022/2024, Contexte des Sexualités en France CSF-2023, VAVISA 2024 Vie Affective et VIolences Sexuelles à l’Adolescence de l'Observatoire National de la Protection de l'Enfance (ONPE)]
- Plus de 80 % des 16-18 ans déclarent croire au coup de foudre, un chiffre bien plus élevé que chez les 25-30 ans.
- 80 % des garçons et 70 % des filles déclarent avoir déjà ressenti des sentiments amoureux au cours de leur scolarité, c’est-à-dire de la 4ème à la Terminale.
- 39 % des 16-18 ans sont actuellement engagés dans une relation de couple
- L’âge médian du premier baiser en France est de 14 ans, et l’âge médian du premier rapport sexuel est de 17,7 ans, que ce soit pour les garçons et pour les filles.
- En 2022, 32,7 % des lycéens déclaraient avoir déjà eu un rapport sexuel, contre 40,2 % en 2018. Cette baisse est notable chez les filles comme chez les garçons.
- En Seconde, 24 % des jeunes déclarent avoir déjà eu un rapport, et 46% en Terminale, soit moins d’un jeune sur deux.
- Chez les collégien·nes (4ème-3ème), 9 % des filles et 4 % des garçons déclarent une attirance pour le même sexe ou les deux sexes.
- Près de 10 % des adolescents s'identifient à un genre différent de leur sexe de naissance ou se définissent comme non-binaires.
- On estime que 18 % des adolescentes (15-19 ans) ont déjà été exposées à une forme de violence conjugale (physique ou sexuelle) au cours de leur vie.
- Près de 30 % des 15-21 ans rapportent avoir déjà eu une expérience sexuelle sans en avoir réellement envie, souvent par pression sociale ou peur de déplaire au partenaire.
Citations
- « Un "crush" pour moi, c’est... la première étape un peu avant même d’entamer toute... toute relation intéressée pour être en couple. C’est-à-dire qu’on va voir une personne et on va... en surface, on va s’y intéresser, on va la valider. »
- « La première fois que j’ai embrassé quelqu’un je m’en foutais un peu, mais la première fois que j’ai embrassé quelqu’un envers qui j’avais des sentiments, là ça m’avait marqué. Ça m’avait... je ne sais pas, ça m’avait rendu heureux, quoi. »
- « C’est... bah c’est un peu un moment de stress complet et en même temps un moment où t’as toutes tes émotions qui se bousculent dans ta tête et t’es vraiment en stress, genre... comme une statue un petit peu. »
- « Ça te plaisait d’être amoureux ? », « Non, pas trop. Parce que j’osais pas faire le pas donc au bout d’un moment j’en avais trop marre, quoi. J’arrivais pas à lui dire. Parce que... j’avais pas assez de courage, je sais pas… »
Ressources
- Kevin Diter, "Aimer d’amour et d’amitié, c’est pas pareil !" Les représentations socialement différenciées des sentiments chez les enfants », Revue des politiques sociales et familiales, n° 136-137, 2020.
- Isabelle Clair, Les choses sérieuses : Enquête sur les amours adolescentes, Seuil, 2023. https://www.seuil.com/ouvrage/les-choses-serieuses-isabelle-clair/9782021510133
- Dr Kpote, Pubère la vie, Éditions du Détour, 2023. https://editionsdudetour.com/index.php/les-livres/pubere-la-vie/
ÉPISODE 7 - Les émotions
De quoi parle-t-on ?
Du fait de la socialisation différenciée qui perpétuent les stéréotypes de genre, les garçons grandissent en apprenant à se conformer à un idéal viril qui valorise le contrôle de soi et dévalorise les émotions et leur expression. Le fameux "un garçon, ça ne pleure pas » condense cette injonction à se contenir, la colère faisant exception en tant qu’émotion jugée compatible avec l’idéal viril. La chute de l'expression émotionnelle chez les garçons se joue ainsi dès l'âge de 5-7 ans : ils apprennent à masquer les expressions faciales et verbales qui pourraient leur valoir les moqueries des autres garçons.
Les parents se comportent différemment dans leurs relations aux filles, qui sont encouragées à verbaliser ce qu’elles ressentent (« Pourquoi tu es triste ?"), et aux garçons qu’ils encouragent à rester forts (« C'est rien, relève-toi »). Ils font en sorte que leurs enfants développent des compétences socialement désirées en matière d’émotions : ils acceptent l’expression de la tristesse et de la peur chez leur fille, mais pas chez leur fils ; ils acceptent celle de la colère et du mépris chez leur fils, mais pas chez leur fille.
À l’école, le fait de se conformer, ou pas, aux comportements émotionnels attendus produit des effets. Les garçons qui pleurent facilement sont considérés comme faibles et vulnérables, quand les filles sont encouragées à ressentir et exprimer pleinement leurs émotions. Mais la répression des émotions demande une énergie mentale considérable qui peut entraîner de l'anxiété, de l'agressivité ou un retrait social.
Des notions-clés
- La socialisation émotionnelle différenciée : du fait d’une éducation différenciée selon le genre au sein de la famille et à l’école, les garçons apprennent à ne pas exprimer la tristesse, la peur ou la honte, et sont aussi moins enclins à être réconfortés. À l’inverse, on tolère chez eux l’expression de la colère mais pas chez les filles, qui sont encouragées à se monter aimables, gaies, mais aussi fragiles.
Quelques chiffres
- À l'adolescence : les filles pleurent en moyenne 7 fois plus souvent que les garçons. À l'âge adulte, les femmes pleurent en moyenne 30 à 64 fois par an, contre seulement 6 à 17 fois pour les hommes (Ad Vingerhoets, Adult Crying: A Biopsychosocial Approach, Routledge, 2013)
- Dans la tranche d’âge des 8-11 ans, les garçons présentent un taux de troubles psychiatriques plus élevée (15 %) que les filles (9,5 %). Ils se traduisent par des troubles de la conduite (agressivité, opposition), qui sont souvent des expressions détournées d'une souffrance émotionnelle (enquête EnCLASS 2022/2024 Éducation Nationale-Inserm).
Citations
- « Ça reste un cliché, mais je trouve que c'est un peu le cas que les hommes, on a un peu moins... on a un peu plus de mal à parler de nos émotions (Et ça viendrait d'où, ça ?) Je saurais pas vraiment le définir, mais je pense que ça vient surtout de... du fait d'être entouré d'autres mecs quand on est plus jeune. Parce que ça vient vraiment du plus jeune âge ce fait-là de ne pas parler des émotions. Je pense collège, primaire, je dirais que ça commence de là... Tu veux parler d'un sujet par rapport à tes potes, on va se foutre de ta gueule. Tu vas arrêter d'en parler jusqu'à la fin de ta vie. Et du coup ça reste, ça reste, ça reste hein. Et ça s'accumule. Pas en parler, pas en parler, pas en parler... alors qu'en soi c'est pas la manière d'approcher ses émotions, quoi. »
- « Je me fais beaucoup de films dans ma tête tout seul. En me disant par exemple : ‘Oh elle fait pas ça, elle ne m'aime plus’, ‘il se passe pas ça, elle ne m'aime plus’, ‘pourquoi on ne fait pas ça ?’, etc. Et en fait, je me bousillais tout seul à imaginer des scénarios qui n'auraient jamais eu lieu. Et finalement bah je me... je me recroquevillais sur moi-même, j'osais plus lui parler de choses que je pouvais vivre. Et ouais, si je ressors avec une fille par exemple, je sais pas, prochainement, bah je pense que j'essaierai de dire les problèmes que j'ai avec cette personne, ce que je ressens moi, et ça pourrait limite mieux se passer, je pense. »
Ressources
- Podcast "Même pas vrai !" (1jour1actu) - Épisode : Un garçon, ça ne pleure pas ?
ÉPISODE 8 - La pornographie
De quoi parle-t-on ?
La pornographie est un système d’exploitation commerciale d’images et de films mettant en scène des rapports sexuels de tous les types afin de susciter une excitation sexuelle. Longtemps limitée aux magazines et films en salle (classés X), la pornographie a connu son grand virage numérique, à partir des années 2000, avec le développement du streaming (visionnage sans téléchargement des données, possible aussi en direct) sur des sites gratuits. Ces nouvelles modalités techniques ont permis une diffusion massive de contenus pornographiques contournant les restrictions liées à l'âge et aux prix de vente. Le porno est devenu librement et gratuitement accessible à toute personne possédant un smartphone.
Les critiques adressées à la pornographie sont de deux ordres, bien différents. Dans une perspective conservatrice, la pornographie est conspuée pour son caractère immoral heurtant les valeurs de la famille traditionnelle et de la religion. Dans une perspective féministe, elle est rejetée autant pour la violence de l’exploitation sexuelle des femmes qu’elle organise que pour le caractère dégradant des représentations qu’elle véhicule. La pornographie produit une érotisation de la soumission et de l’humiliation des femmes, comme de la domination et de la violence des hommes, qui perpétue une conception patriarcale de la sexualité.
La fréquentation des contenus pornographiques par les adolescent·es a des conséquences dommageables. Elle entraîne des comportements sexuels qualifiés d’« instrumentaux » qui font passer la satisfaction du plaisir physique personnel avant l’aspect affectif de la relation et toute considération pour la ou le partenaire. Elle renforce les stéréotypes de genre : d’un côté, la femme-objet sexuel assignée à la disponibilité, la passivité et la soumission, de l’autre, l’homme enjoint de performer la puissance et encouragé à pratiquer la domination, jusqu’à la violence. Cette injonction à une sexualité viriliste peut entraîner une anxiété de performance, les adolescents craignant de ne pas pouvoir « satisfaire » leur partenaire et/ou de ne pas pouvoir reproduire des actes techniques complexes. La pornographie est le principal vecteur de l’éducation sexuelle des garçons qui intègrent des scénarios où la performance, l'agressivité et l'absence de consentement sont la norme.
La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique a imposé aux sites diffusant du contenu pornographique de mettre en place un système de vérification de l’âge des utilisateurs. Certains de ces sites ont engagé un bras de fer en décidant de bloquer l’accès depuis la France. Finalement, plusieurs d’entre eux ont fini par intégrer des solutions de vérification (scan de pièce d'identité, selfie vidéo avec estimation d'âge par l’IA ou via des services comme FranceConnect). Mais les plus gros sites (comme Pornhub) restent inaccessibles ou affichent des messages de lobbying contre la loi.
Des notions-clés
- Pédocriminalité : les personnes qui ont une attirance sexuelle pour les enfants et les adolescent·es ne sont pas des « pédophiles » (qui aiment les enfants), mais de potentiels «pédocriminels». Chaque années 165 000 mineur·es de moins de 15 ans subissent une agression sexuelle ou un viol [pour la distinction, voir la fiche n° 11 « Violences »].
Tout comportement en lien avec l’activité sexuelle qui concerne un mineur de moins de 15 ans est automatiquement classé comme une agression sexuelle. Les peines peuvent aller jusqu’à dix ans de prison et 150 000 euros d’amende. Si l’auteur de l’agression et la victime ont été mises en contact par Internet, cela constitue un élément aggravant, avec des peines plus importantes.
Quelques chiffres
- 2,3 millions de mineurs visitent des sites pornographiques chaque mois en France et 8 % des mineurs consultent des sites pornographiques quotidiennement, ce chiffre étant en hausse constante (Rapport du Haut Conseil à l’égalité 2024).
- 21 % des enfants de 10-11 ans ont déjà été exposés à des contenus pornographiques, souvent de manière accidentelle via les réseaux sociaux ou des publicités. La généralisation du smartphone dès l'entrée au collège (voire en fin de primaire) est le vecteur principal qui a fait chuter l'âge de la première confrontation sous la barre symbolique des 11 ans.
- 51 % des garçons de 12-13 ans sont des utilisateurs mensuels et 65 % à 70 % des garçons de 16-17 ans des utilisateurs réguliers (étude de l’Arcom 2024).
- 58 % des garçons et 45 % des filles ont vu leur première image pornographique avant l’âge de 13 ans.
- La fréquentation des sites porno est asymétrique entre les sexes, elle est pratiquée par 95% des hommes et 74% des femmes (sondage IFOP, 2017).
Citations extraite du film à commenter ensemble
- « Quand on arrive sur TikTok, au début il y a des trucs forcément qu’on n'aime pas. Du coup, directement moi quand je suis arrivé, y avait des trucs pas vraiment de mon âge qui peuvent être... pas de mon âge... qu’on n'aime pas trop ou même des trucs qui sont un peu... comment dire ? "Faut pas trop, voilà". Du coup moi directement, j’arrivais, je ne regardais pas les vidéos, et là je voyais un truc de foot, je likais, ou de manga. J’arrivais, je faisais ça, et après du coup, j’avais que des trucs de manga et de foot. »
- « La sexualité, du coup, c’est beaucoup moins un sujet tabou parce que du coup comme... ben on en voit beaucoup plus, du coup on est plus habitués. Et puis moi je pense que franchement cette génération... enfin cette génération qui arrive là, elle est très ouverte d’esprit. Elle n'a pas peur ou elle n'a pas des tabous sur des sujets comme ça parce que justement grâce, je pense, à la pornographie, ça a permis de... ben un peu de débloquer les gens peut-être. »
- « Faut vraiment comprendre ce que c’est, et comprendre ce qu’on regarde, et pas se dire... Déjà savoir que ce n'est pas du tout la vraie vie, et de deux savoir que c’est une industrie, c’est un média qui est créé pour la consommation. Et faut vraiment faire gaffe à ne pas trop en consommer parce que ben, ça peut entraîner vraiment une addiction et addiction c’est... au bout d’un moment faut augmenter la dose, faut augmenter la dose, faut augmenter ce qu’on prend. Du coup ça peut commencer à créer des désirs et des fantasmes malsains chez les gens. »
Atelier en classe ou en groupe
Ressources
- Site « On s’exprime », fiche sur la sexualité
- Tessa Vanderhaeghe, 100 petites conversations à avoir avec son enfant (0-12 ans), Marabout, 2025.
- Podcast Les Couilles sur la table, épisode « Dans la tête des ados » : Victoire Tuaillon reçoit le Dr Kpote (Didier Valentin). Ils analysent comment les jeunes garçons construisent leur masculinité entre #MeToo et la pornographie.
- Podcast La Matrescence (Épisode 254), « Sexualité et corps : comment répondre aux questions de vos enfants et adolescents ? » avec Charline Vermont, créatrice du compte insta Orgasme et Moi qui donne des clés pour parler du porno comme d'une fiction industrielle.
ÉPISODE 9 - LGBTQI
De quoi parle-t-on ?
Les personnes LGBTQIA+ (Lesbiennes, Gays, Bi·es, Trans, Queer, Intersexuées, Asexuel·les) ont en commun de sortir du cadre binaire hétéronormé et de souhaiter se libérer des injonctions qui y sont associées. Elles refusent notamment l’hétérosexualité, la conjugalité et/ou la maternité obligatoires, pour proposer des modes d'existence alternatifs libérés des normes traditionnelles et patriarcales.
Chez les jeunes, cela se traduit par une aspiration de plus en plus répandue à la fluidité des genres et des identités. Il ne s’agit pas d’une « épidémie », mais d’un mouvement devenu non seulement visible, mais aussi légitime, qui s’enracine dans les théorisation des notions de genre et de queer (cf. notions-clefs).
Les personnes LGBTQIA+ subissent des discriminations et des violences au quotidien, et ce en dépit d’une certain nombre d’évolutions législatives (pacte civil de solidarité PACS en 1999, ouverture aux couples de même sexe du mariage et de l'adoption en 2013, ouverture des protocoles de procréation médicalement assistée PMA aux femmes lesbiennes en 2022). La défense de leurs droits s’inscrit dans l’horizon global de la lutte contre les discriminations sur des critères physiques.
Des notions-clés
Genre : La notion renvoie au processus par lequel un enfant né de sexe féminin ou masculin devient fille ou garçon par l’apprentissage et l’intériorisation des comportements et modes de pensée associés à son sexe de naissance. C'est l'idée d'une construction sociale et historique de rôles genrés, féminins ou masculins, qui sous-tendent et perpétuent la hiérarchie patriarcale (voir la fiche n° 1). Les approches par le genre permettent de repérer et de déconstruire les mécanismes par lesquels les personnes sont assignées à leur sexe de naissance et aux comportements qui leur sont associés.
Queer : Le mot signifie étrange en anglais. Il recouvre l’idée que ce n’est pas seulement le genre qui est construit de façon binaire (féminin/masculin), mais également le sexe (femme/homme) et la sexualité (hétéro/homo). Or il existe en fait une pluralité d'options sexuées, genrées et sexuelles qui viennent introduire du « trouble dans le genre », selon l’expression de la philosophe Judith Butler qui a théorisé la notion dans les années 1990. Le genre devient avec elle quelque chose que l’on performe, par une mise en scène de soi qui est aussi affirmation de sa singularité. Le mouvement queer qui s’est développé sur cette base revendique la reconnaissance de la diversité des modalités d’expression de son sexe, de son genre et/ou de sa sexualité. Aujourd’hui, l’une de ses expressions les plus connues est le mouvement drag dans lequel des personnes queer, souvent trans, performent de façon très théâtralisée leur genre choisi (cf. l’émission Drag Race France).
Trans : les personnes trans ne se reconnaissent pas dans la catégorie de sexe qui leur a été assignée à la naissance, fille ou garçon, et entreprennent de changer de genre au gré d’un parcours de transition. Celui-ci ne renvoie pas nécessairement à des opérations chirurgicales sur les organes génitaux, le plus important, pour ces personnes, étant de se présenter aux yeux du monde pour les femmes et les hommes qu’elles et ils sont depuis l’enfance : habillement, apparence, voix, tous ces signes extérieurs sont travaillés pour entrer en coïncidence avec l'identité de genre. Cela passe généralement par des traitements hormonaux, parfois par des opérations esthétiques visant à féminiser ou à masculiniser le visage. Enfin, les personnes trans aspirent à un changement d’état civil qui officialise leur identité avec le changement de la mention du "sexe" et du prénom. La procédure est gratuite, mais souvent longue (plusieurs mois).
Intersexuation : Autrefois appelée hermaphrodisme, l’intersexuation concerne les personnes qui présentent un ensemble complexe de variations physiologiques, hormonales ou génétiques qui ne se laissent pas classer selon la binarité des sexes femme/homme. L’intersexuation ne se définit pas « comme un mélange mythologique du féminin et du masculin, mais comme un sexe atypique » (Michal Raz, Intersexes : du pouvoir médical à l’autodétermination, Le cavalier bleu, 2023). On estime que 1% à 2% des enfants naissent avec des caractéristiques intersexuelles. Longtemps, on imposait à leurs parents que ces nourrissons subissent des opérations de réassignation sexuée. Aujourd’hui, les personnes intersexes réclament le droit à la reconnaissance de leur identité spécifique et la lutte contre les discriminations et violences qu’elles endurent.
Asexuell·es : personnes qui ne ressentent pas d'attirance sexuelle, ne veulent avoir de relations sexuelles, ne sont pas intéressées par le sexe. Cela ne signifie pas qu'elles n'ont jamais de relations sexuelles, et encore moins qu'elles n'ont pas d'attirance amoureuse, mais qu'elles n'ont pas un désir inné d'avoir des relations sexuelles avec qui que ce soit ou qu'elles se sentent repoussées par cette perspective.
Quelques chiffres
- 85% des personnes interrogées (contre 24% en 1975) déclarent considérer l'homosexualité comme une manière de vivre sa sexualité comme une autre (IFOP 2019).
- Quelques 1 400 cas de discriminations et de violences à l’égard des personnes LGBTQIA+ ont été signalés en 2023, qui ne représentent qu’une infime partie de celles qui sont vécues chaque jour par les personnes concernées (Rapport sur les LGBTIphobies 2024 SOShomophobie).
- 13% des personnes LGBTQIA+ évoquent un vécu douloureux et un mal-être permanent.
- 85% des manifestations de LGBTIphobie en ligne (qui représentent 21% du total) sont publiques.
- 38% des LGBTI de moins de 25 ans ont vécu des agressions en lien avec leur orientation sexuelle ou leur identité de genre au cours des dix dernières années .
- Plus de 60% des enfants homosexuels ou lesbiennes et 82% des enfants trans ou intersexes ont eu une expérience scolaire négative du fait de leur identité de genre ou de leur sexualité (Ifop-Fondation Jean-Jaurès-Dilcrah, juin 2018).
Citations
« C’est important de rentrer dans l’une des deux cases, mais si il y a un petit bout qui dépasse, qui va dans les filles, ou entre les deux, ça va pas me déranger plus que ça. Même à l’inverse, ça peut être sympa de jouer avec ça ».
« Moi je suis un peu moins fan de ça… [l'homosexualité] C’est pas que j’apprécie pas, mais je suis moins de ce côté-là. – Ça te choque un peu ? Oui, on peut dire ça ».
« On peut quelque fois en regardant une personne se poser la question, c’est une fille ou un garçon ? Et en fait on sait pas. Mais le fait que cette personne soit née soit avec un sexe masculin soit un sexe féminin et se sente le côté opposé, je trouve que c’est bien aussi et ça montre que cette personne est forte d’esprit et s’assume énormément. (…) Moi, globalement, ces personnes-là, je les respecte et je voudrais leur apporter du soutien parce que je sais qu’il y a beaucoup de personnes encore aujourd’hui qui les critiquent énormément, peut-être parce qu’elles sortent du lot… »
Ateliers en classe ou en groupe
Autour des identités de genre :
- Pensez-vous que l'on puisse se sentir fille quand on est né garçon (et inversement ) ? Cela vous pose-t-il problème ? Si oui, pourquoi ? Qu'est-ce qui vous dérange ?
- Qu'est-ce que c'est selon vous la "fluidité de genre" ?
- Vous êtes-vous déjà senti en décalage avec le fait d'être fille ou garçon ?
Autour des sexualités :
- Le genre des personnes est-il important dans l'attirance sexuelle ?
- Pourquoi selon vous les garçons qui aiment les garçons (homosexuels) et les filles qui aiment les filles (lesbiennes) font-ils souvent l'objet de moqueries et même d'agressions ?
- Qu'auriez-vous envie de répondre à une personne qui se moquerait d'eux ou d'elles ?
Ressources
Deux courts-métrages contre l'homophobie :
- Pauline de Céline Sciamma
- En colo de Pascal Alex Vincent
- Rowann Ellis, Jacky Sheridan, Queer et fières. Un guide pour explorer son identité, Gallimard Jeunesse, 2023.
- Hortense Lasbleis, Anne-Lise Boutin, C'est quoi mon genre ?, Actes Sud, 2023.
ÉPISODE 10 - Harcèlement et sexisme
De quoi parle-t-on ?
Sept hommes sur dix trouvent qu’on généralise en considérant que « tous les hommes sont sexistes ». Il faut leur répondre que le sexisme est systémique, c’est-à-dire que tous les garçons sont élevés dans un environnement qui diffusent des représentations fondées sur le postulat que les hommes seraient supérieurs aux femmes et que celles-ci seraient des corps « à disposition ».
Le sexisme se manifeste dans l’immense majorité des cas de façon ordinaire et quotidienne. C’est un père de famille qui ne se lève pas du repas, c’est un frère qui fanfaronne devant sa sœur en affirmant courir plus vite qu’elle, c’est deux copains qui se moquent d’un troisième qui n’aime pas jouer au foot et préfère les « jeux de fille », c’est un·e enseignant·te qui donne plus la parole aux garçons, etc.
Or, le sexisme constitue le terreau de toutes les discriminations et de toutes les violences de genre. En repérer les manifestions et lutter pour les déconstruire, c’est travailler à faire disparaître l’arrière-plan problématique des inégalités entre femmes et hommes. L’école constitue de ce point de vue un lieu privilégié en tant qu’elle est l’un des principaux "incubateurs de sexisme" (voir ci-dessous).
Des notions-clés
- Continuum des violences sexistes et sexuelles : de la blague sur le physique à l’agression sexuelle, il n’y a qu’une différence de degré, pas de nature. Dans tous les cas, il s’agit de sexisme, soit des paroles ou des comportements inappropriés, discriminatoires ou violents, qui sont adressés à des personnes en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur sexualité (ce qui implique que le sexisme ne vise pas les seules femmes, mais toutes les personnes jugées non-conformes au regard de leur identité genrée ou de leur orientation sexuelle).
Le rapport du Haut Conseil à l’Égalité de 2024 nous apprend que si 92% des Français·es pensent que les femmes et les hommes ne sont pas traités de la même façon dans la société, les hommes ne sont pour autant pas prêts à admettre que leurs comportements puissent être problématiques. Il y a un grand fossé entre ce qu’éprouvent les femmes quotidiennement relativement à la façon dont leur corps est objectivé (corps-objet), et ce que pensent les hommes de leurs propres comportements qu’ils ne jugent jamais comme étant sexistes.
Les propos sexistes ne sont pas des blagues, ils constituent une violence et sont punis par la loi : injure sexiste non-publique 1 500 euros d’amende (art. R625-8-1 du Code pénal), injure publique 12 000 euros (art. 33, loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse), injure sexiste publique 1 an de prison et 45 000 euros d’amende (idem).
- Les « incubateurs du sexisme » : ce sont la famille, l’école et les contenus numériques qui propagent une véritable « éducation au sexisme ». Celle-ci diffuse et cultive les stéréotypes de genre qui enferment les filles et les garçons dans des rôles et comportements soit féminins (empathie, douceur et docilité) soit masculins (force, compétition, mépris pour le féminin) [voir fiche 3].
L’école est considérée comme un lieu de perpétuation du sexisme : une personne sur deux pense que les filles et les garçons ne connaissent pas le même traitement à l’école. Le dernier rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) sur les inégalités à l’école le confirme, la France est l’un des pays de l’OCDE le plus socialement inégalitaire en matière d’éducation.
Il existe de nombreux biais de différenciation entre filles et garçons en milieu scolaire : les premières sont interrogées 30% de temps en moins que les garçons (pour des raisons de captation de l’attention), quand 70% des prises de parole sans autorisation sont faites par les seconds. Les enseignant·es mobilisent les filles, plus calmes et plus studieuses, comme des « auxiliaires pédagogiques » pour aider les garçons. Ceux-ci sont par ailleurs davantage poussés à réussir (plus souvent sollicités, plus souvent encouragés). On observe aussi une spécialisation masculine dans l’expression de la violence et de l’incivilité à l’école : les garçons représentent les 3/4 des élèves ayant reçu une punition ou une sanction disciplinaire.
Après analyse de 600 000 bulletins de notes d’élèves de terminale scientifique entre 2013 et 2017, deux chercheuses de l’École d’économie de Paris-Institut des politiques publiques, Pauline Charousset et Marion Monnet, ont montré que, à compétences égales, filles et garçons ne reçoivent pas les mêmes appréciations sur leurs bulletins scolaires. Celles qui sont destinées aux garçons sont plus susceptibles de contenir les mots “intuition”, ou “passion”, ainsi que “curiosité”, “idée” ou “intérêt”. À l’inverse, les filles sont davantage décrites par des termes tels que “failles”, “fragilités” ou “difficultés”, et c’est particulièrement vrai dans les deux disciplines qui mènent aux métiers réputés les plus « masculins », les mathématiques et la physique-chimie. Source : Le Monde - 14/01/26.
Le harcèlement sexuel : « le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur ou au profit d’un tiers » (Code pénal, art. 222-33).
Le harcèlement sexuel est un délit puni de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, des peines augmentées à 3 ans et 45 000 euros lorsque les faits sont commis « par une personne qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions », sur un mineur de moins de quinze ans, sur une personne en situation de particulière vulnérabilité ou dépendance (âge, maladie, infirmité, handicap, grossesse, précarité économique ou sociale).
Le harcèlement peut également s’effectuer à distance. Les appels téléphoniques malveillants ou répétés, la diffusion publique de photos ou d’enregistrement audiovisuels « portant atteinte à la vie privée » sans le consentement de la personne apparaissant sur ces photos et vidéos relèvent du harcèlement et sont punis par la loi. Un an d’emprisonnement et jusqu’à 45 000 euros d’amende pour le harcèlement téléphonique (art. 222-16 du Code pénal) et les atteintes à l’intimité de la vie privée (art. 226-1 à 226-7 du Code pénal).
Quelques chiffres
Source : Rapport du Haut Conseil à l’Égalité 2024
- 33% des femmes déclarent avoir eu une relation sexuelle suite à l’insistance de leur partenaire, 12% seulement des hommes disent qu’ils ont déjà insisté pour avoir un rapport alors que l’autre n’en avait pas envie.
- 86% des femmes ont vécu une situation sexiste.
- 58% déclarent qu’elles ont déjà renoncé à sortir faire des activités seules.
- 43% d’entre elles ont censuré leurs propos par crainte de la réaction des hommes.
Au total, 9 femmes sur 10 ont déjà renoncé à des actions ou modifié leur comportement pour ne pas être victimes de sexisme.
- 62% des filles de 15-24 ans estiment ne pas avoir été éduquées de la même façon que leurs frères
- 2/3 des personnes interrogées déclarent n’avoir jamais reçu de cours d’éducation à la vie affective et sexuelle.
- 88% des vidéos sur YouTube comprennent au moins un stéréotype masculin associé à des valeurs viriles et à un climat de violence.
- 42% des vidéos dites humoristiques sur TikTok contiennent des représentations dégradantes et humiliantes pour les femmes.
Citations
« Quant on est petit on est con. On se rend pas bien compte de notre vie. On se rend pas compte qu’on peut dire des choses qui sont blessantes ou humiliantes envers d’autres personnes, et on n’a pas vraiment la notion de ça. Alors que quand on est grand, on est beaucoup plus tolérant, on respecte les autres. Il y a cette image de respect quand on est plus grand… »
« Y’a un garçon, il est assez gros, on va dire obèse, et du coup y’en a qui se moquent de lui… parce qu’il est gros. Et voilà… C’est pas bien, mais le truc que je me demande, c’est pourquoi ils sont gros ? »
« Ça se fait pas de se moquer d’une personne qui est plus maigre que toi ou plus grosse que toi. C’est son corps, c’est pas à toi de juger. »
« La personne qui m’a harcelé, c’était mon meilleur pote avant et puis il a retourné pratiquement tout le monde contre moi. Je luis demandais pourquoi, il me répondait pas, juste ça l’amusait… Il avait une espèce de… je sais pas pourquoi, mais tout le monde le suivait, c’est comme si c’était lui le leader. »
« Les gens qui harcèlent, ils ne sont pas forcément tous mauvais. Des personnes qui m’ont harcelé étaient mauvaises, et d’autres, je ne leur en veux pas, parce qu’elles étaient obligées de le faire. Pour résumer, je dirais que, dans la grande majorité des cas, ça vient d’un inconfort ou d’une pression, et bien sûr ça n’excuse rien, mais ça permet de comprendre et c’est comme ça que j’ai fait le deuil de tout ce qui s’était passé, en comprenant que ces personnes-là allaient mal elles aussi. »
Ateliers en classe ou en groupe
Autour du sexisme à l’école/collège/lycée :
- Trouvez-vous que l’espace de l’établissement est différemment investi par les filles et par les garçons ? (problématique de la cour de récréation)
- Pensez-vous que certains espaces de l’établissement ne sont pas « sûrs » pour les filles ? Lesquels et que peut-il s’y passer ? Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour éviter cela ?
- Pensez-vous que les filles et les garçons sont traités différemment par les enseignant·es ? Donnez quelques exemples. Pourquoi à votre avis ?
Autour du "sexisme ordinaire" :
- Aux filles : y en a-t-il parmi vous qui ont déjà modifié leur tenue ou leur comportement par crainte de susciter des remarques blessantes ou des gestes agressifs ?
- Aux garçons : y en a-t-il parmi vous qui ont déjà moqué une fille pour son apparence ? Qui ont déjà adressé des remarques blessantes sur son physique ? Qui ont déjà injurié une fille en la traitant ?
- Aux filles : y en a-t-il parmi vous qui ont déjà été insultées par des garçons ? Qui ont déjà reçu des propos à connotation sexuelle ?
- Que pourrait-on faire pour que les garçons ne soient pas « automatiquement » en mode moqueries et insultes ?
Autour du sexisme à la maison :
- Chez vous, est-ce que les tâches ménagères sont équitablement partagées entre vos mères et vos pères ? Qui en fait plus ? Pourquoi selon vous ?
- Aux filles : avez-vous le sentiment d’en faire plus à la maison que vos frères/pères ?
Aux garçons : à quelles tâches ménagères participez-vous à la maison ? (problématique de « l’aide » que donneraient les hommes et les garçons : il ne s’agit pas d’aider, mais de participer)
- Quel est le lien entre le fait que les femmes en font davantage que les hommes à la maison et le fait qu’elles subissent des remarques sexistes ou des violences ? (notion de continuum sexiste : il n’y a qu’une différence de degré, pas de nature, entre ces deux ordres de phénomènes. Considérer que c’est dans la nature des femmes que de s’occuper de la maison et considérer que leur corps est « à disposition » sexuellement, dans les deux cas, c’est faire preuve de sexisme.)
Ressources
- Catherine Le Magueresse, Harcèlement, ça commence quand ?, La Martinière ALT, 2023.
- Podcat "Pas mes fils" de Julie Gavras, Louie Media, 2025.
ÉPISODE 11 - Violences
NB : il est nécessaire de s’assurer, avant de commencer à discuter en classe ou en groupe, que les personnes présentes ne risquent pas de se sentir mal à l’évocation de ce sujet des violences sexuelles. Il faut poser la question clairement et accepter, le cas échéant, qu’un·e élève quitte la salle (en étant accompagné).
De quoi parle-t-on ?
Les stéréotypes genrés sous-tendent une conception hiérarchisée des relations sexuelles : d’un côté, celles qui attendent, reçoivent, subissent et se soumettent, de l’autre, ceux qui choisissent, prennent, pénètrent et dominent. Ces représentations qui opposent passivité et disponibilité sexuelle du côté des femmes, activité et conquête sexuelle du côté des hommes, constituent l’arrière-fond du phénomène des violences sexuelles qui sont fondée sur la logique de l’appropriation masculine des corps féminins et enfantins.
En 2017, le mouvement #metoo a ouvert une dynamique de révélation et de dénonciation de ces violences à l’échelle planétaire. En dépit de son retentissement, on observe que lorsque des affaires éclatent, elles suscitent certes l’indignation, mais sont très rarement suivies d’effets (mise en examen, condamnation). Moins d’un auteur de viol sur 100 est condamné par la justice. C’est pourquoi les luttes féministes ne retombent pas. Elles demandent que les victimes puissent porter plainte plus souvent, en étant mieux reçues et mieux écoutées, et que la justice « fasse son travail », c’est-à-dire condamnent ces délits et ces crimes sexuels.
Les affaires récentes (procès des viols de Mazan notamment) montrent que l’appropriation du corps des femmes par les hommes est un phénomène massif qui concernent toutes les couches sociales au point d’apparaître comme « banal ». Elles nous invitent à questionner certains préjugés sexistes très enracinés (un homme en couple « possède » sa compagne et peut donc en faire ce qu’il veut) et à repérer les mécanismes de la « culture du viol » qui sont à l’œuvre (une victime l’a toujours, d’une façon ou d’une autre, un peu « cherché »).
Des notions-clés
- Consentement : La loi du 6 novembre 2025 a introduit la notion de consentement dans la définition des agressions sexuelles et du viol. La définition se trouve ainsi élargie aux situations où la victime, sous l’effet de la peur ou de la sidération, ne réagit pas et ne repousse pas l’agresseur, ou lorsque la victime, initialement consentante, ne l’est finalement plus.
- Agressions sexuelles : « Constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur ou, dans les cas prévus par la loi, commis sur un mineur par un majeur. Au sens de la présente section, le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Il est apprécié au regard des circonstances. Il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime. Il n'y a pas de consentement si l'acte à caractère sexuel est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature. » (art. 222-22 du Code pénal). Tout attouchement imposé sur des parties du corps considérées comme intimes et sexuelles – le sexe, les fesses, les seins, les cuisses et la bouche – constitue une agression sexuelle (un baiser soi-disant volé, une main aux fesses, le fait de se coller aux hanches d’une femme dans les transports en commun).
L’auteur du délit d’agression sexuelle risque jusqu’à 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende (art. 222-27 du Code pénal), des peines qui sont renforcées en cas de circonstances aggravantes, notamment quand l’acte a été commis par une personne ayant autorité sur la victime (supérieur hiérarchique) ou qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions (enseignant par exemple), quand l’acte a été commis sous l’emprise de l’alcool ou de produits stupéfiants ou après avoir administré une substance à la victime à son insu, quand l’acte a été commis par l’époux, le concubin ou le partenaire, quand l’acte a été commis sur une personne particulièrement vulnérable (âge, maladie, infirmité, handicap, grossesse, précarité économique ou sociale), si l’acte a été commis en raison de l’orientation ou de l’identité sexuelle (réelle ou supposée) de la victime.
- Le viol : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, ou tout acte bucco-génital ou bucco-anal commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. » (art. 222-23 du Code pénal). Le viol ressort de la catégorie des "actes sexuels non-consentis" (cf. au-dessus). La loi du 6 novembre 2025 modifie aussi la matérialité du viol en insérant dans le Code pénal l’acte buco-anal, aux côtés de la pénétration et de l’acte bucco-génital qui y figuraient déjà.
Juridiquement qualifié comme un crime, le viol est passible d’un procès en cours d’Assise et son auteur encourt des peines pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison. Cette peine est étendue à 20 ans en cas de circonstances aggravantes (les mêmes que pour les agressions sexuelles, art. 222-24). Depuis une loi de 2006, la répression des violences au sein du couple ou commises contre des mineur·e·s. a été renforcée. Elle élargit le champ d’application de la circonstance aggravante à de nouveaux auteurs (pacsés et ex-conjoints).
- Culture du viol : ensemble des opinions et des représentations qui donnent des justifications ou des excuses aux auteurs de violences sexuelles en culpabilisant les femmes. C’est dire qu’une jupe courte est une provocation et prétendre que la fille l’avait donc bien cherché. C’est la questionner sur son comportement le jour des faits, mais aussi dans le passé (on a par exemple demandé à Gisèle Pélicot si elle avait le goût du libertinage). C’est mettre en doute sa parole et chercher à en réduire la portée. On rend ainsi les filles toujours plus ou moins responsables des agressions qu’elles subissent.
Du côté des garçons, la culture du viol, c’est valoriser les comportements sexistes et agressifs. C’est ne pas réagir quand un garçon dit à une fille qu’elle est « trop bonne » en commentant son physique. C’est aussi considérer qu’il y aurait une forme de fatalité : les hommes ont des pulsions sexuelles qu’ils doivent assouvir. En favorisant les attitudes sexualisantes et agressives chez les garçons, on les déculpabilise.
La culture du viol, c’est enfin considérer que les agresseurs sont des pervers, des psychopathes, des monstres, en un mot qu’il n’ont rien à voir avec le commun des hommes.
Quelques chiffres
Sources : Insee, Ministère de l’Intérieur, Rapport du Haut Conseil à l’Égalité 2024.
- 37% des femmes déclarent avoir été victimes d’agression sexuelle ou de viol au cours de leur vie
- 94 000 femmes sont victimes chaque année de viol ou de tentative de viol
- 1 viol ou une tentative de viol a lieu toutes les 6 minutes en France
- dans 91% des cas de violences sexuelles, les femmes connaissent les agresseurs
- 70% des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite
- 10% des femmes victimes de violences sexuelles portent plainte
- 0,6% des violeurs sont condamnés par la justice
- 84% des victimes de cyberharcèlement sont des femmes
- 80% des femmes en situation de handicap ont été victimes de violences
- 1 femme sur 10 est victime de violences conjugales au cours de sa vie
- 80% des violences au sein du couple sont classées sans suite
- 147 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex en 2022
- 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année
Citations
« J’ai déjà vu des garçons qu’on pourrait appeler des gens possessifs, des gens qui vont être intransigeants au niveau de la vie et de la liberté de la fille avec qui ils sont, et qui vont vouloir tout contrôler. Pour moi, c’est des comportements qui sont graves et c’est un peu la honte pour un garçon d’être comme ça à mon avis. Eux ils le ressentent pas comme une honte, ils prennent ça pour une fierté, moi je trouve que c’est un peu la honte, parce que ça veut dire qu’on n’est tellement pas confiants, on n’a pas confiance en nous, on n’a pas confiance en sa partenaire, donc on la laisse pas vivre ».
« Pourquoi les filles, on devrait leur accorder plus d’importance que les garçons ? Si par exemple une fille m’insulte devant un professeur, il va pas faire grand chose. Si moi j’insulte la fille, je vais me faire éclater… »
« J’ai entendu une histoire, je connais pas bien l’histoire mais… Apparemment, y’aurait un garçon qui aurait touché une fille pendant qu’elle dormait. Donc… ça m’a fait bizarre qu’à notre âge, y’ait des gens qui fasse ça, et même des gens tout court qui fasse ça… J’ai pas compris comment tu peux faire ça… comment tu peux faire des choses à une fille sans son accord… je trouve ça… vraiment… vraiment horrible ».
« Dans quel putain de monde on est ? Dans quelle vie pour qu’il y ait des gens qui se permettent ça ? Comment on a laissé faire ça ? Qui on doit blâmer pour le fait qu’il y ait des personnes qui se sentent assez à l’aise pour saccager des vies ?! »
Ateliers en classe ou en groupe
Autour de la culture du viol :
Discuter à partir de ces exemples de phrase typiques de la culture du viol (qui culpabilisent les filles et excusent les garçons) :
- Quand on s’habille comme ça, faut pas s’étonner…
- Mais tu avais déjà couché avec lui !
- Tu as bien accepté son invitation, tu es allée chez lui non ?
- C’est ton mari, on se fait pas violer par son mari !
- Mais on le sait que tu aimes les hommes, t’en as eu combien ?
- Violé ? Mais tu es un homme
- Oui enfin, ça va, il n’a pas été très violent…
- Lui un violeur ? Mais il est tellement beau ! Il a pas besoin…
- Avoue, tu l’accuses juste parce que tu lui en veux.
- Ce n’est qu’une simple incompréhension entre vous.
- Les hommes sont tous des obsédés, tu le sais bien.
- Je le connais, il n’est pas comme ça.
- Mais tu sais bien qu’il est juste un peu lourd.
Autour des violences sexuelles :
- Quelles sont selon vous les parties du corps qui sont considérées comme sexuelles par la loi ? Que l’on ne peut donc pas toucher sans le consentement de la personne, ou c’est alors qualifiable d’agression sexuelle (les fesses, les seins, les cuisses et la bouche).
- Comment peut-on s’assurer du consentement d’une personne ?
- Est-ce que le fait d’accepter d’embrasser implique le fait d’accepter d’avoir une relation sexuelle ? (non)
- Est-ce que le fait d’avoir déjà eu une relation sexuelle avec la personne implique le fait de recommencer ? (non)
- Est-ce que le fait d’être en couple implique de devoir toujours accepter une relation sexuelle ? (non) Parce que céder, ce n’est pas consentir.
- Quelles sont les circonstances dans lesquelles on ne peut pas avoir une relation sexuelle avec une personne parce qu’elle n’est pas en mesure d’y consentir ? (endormie, ivre, sous substance)
Ressources
- Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française, Paris, Éditions Libertalia, 2019.
- Rose Lamy/Préparez-vous pour la bagarre, En bons pères de famille, Paris, JC Lattès, 2023.
- Marie-Charlotte Garin, Qu'est-ce que consentir ?, La Martinière, ALT, 2025.
ÉPISODE 12 - Le féminisme
De quoi parle-t-on ?
Tout au long de l’histoire, les femmes ont été exclues de la vie politique au motif que leur existence devait être exclusivement dédiée à la vie familiale. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, lorsqu’est instauré un suffrage universel exclusivement masculin, les premières voix s’élèvent pour réclamer que les femmes soient des citoyennes comme les autres. C’est la Première vague féministe dont les combats ciblent les droits civils (à l’éducation et au travail) et politiques (de vote et d’éligibilité), qui seront progressivement accordés durant la première moitié du XXe siècle dans la plupart des démocraties occidentales.
Que les femmes soient devenues des électrices n’a cependant rien changé au fait qu’elles sont définies par leur rôle maternel et enfermées au foyer. C’est à la source du problème que les militantes de la Deuxième vague s’attaquent dans les années 1970. Le combat pour le droit à disposer de leurs corps les conduit à obtenir les droits reproductifs (contraception en 1967 et avortement en 1974) qui vont permettre aux femmes de maîtriser leur capacité procréatrice, c’est-à-dire de choisir le moment de leurs grossesses, voire de ne pas avoir d’enfants du tout.
Cela leur permet d’investir massivement le monde du travail, dans les années 1980, 1990 et 2000. Les revendications concernent alors surtout l’égalité salariale, la conciliation des vies familiale et professionnelle, le plafond de verre qui les empêche d’accéder aux postes supérieurs.
Au début des années 2010, une nouvelle génération de féministes réinvestit les sujets corporels et enclenche une formidable dynamique de réappropriation et de libération du corps dans toutes ses dimensions, jusqu’aux plus intimes (règles, grossesse, sexualité). C’est dans cet élan que le mouvement de dénonciation des violences sexistes et sexuelles se déploie autour du hashtag #metoo à l’automne 2017.
En s’emparant du plus intime de nos vies, les féministes visent le socle même du système patriarcal, la réduction des femmes à leurs corps-objets, et affirment leur droit à devenir des corps-sujets.
Des notions-clés
Patriarcat : Depuis l’Antiquité grecque, les femmes sont définies au regard de leurs fonctions corporelles : la sexualité et la maternité. Réduites à leur destin d’épouses et de mères, elles doivent demeurer cantonnées dans la sphère domestique. Cette condition inférieure “par essence” fonde l’organisation des sociétés occidentales selon une logique hiérarchique qui traversera toute l’histoire jusqu’à aujourd’hui : d’un côté la sphère privée-féminine-inférieure, de l’autre, la sphère sociale-masculine-supérieure. C’est ainsi que le système patriarcal s’est imposé comme un ordre du monde privant les femmes de toute autonomie et les plaçant sous la domination des hommes.
Masculinisme (source : rapport du HCE 2026) : c'est la forme que prend aujourd'hui l'anti-féminisme. Il s'agit d'un mouvement défendant les droits des hommes dans une société décrite comme féminisée et dominée par les femmes". Il est constitué d'hommes valorisant une identité masculine traditionnelle et les valeurs viriles qui se présentent pourtant comme une communauté menacée et recourent à une rhétorique victimaire dénonçant la prétendue fragilisation de la condition masculine.
Le masculinisme n'est pas le pendant masculin du féminisme. Là où ce dernier défend une conception égalitaire de la vie sociale, le premier défend une idéologie réactionnaire fondée sur la réaffirmation de la domination masculine.
Quelques dates et chiffres
- En 1971, un collectif de femmes célèbres et anonymes signent le « Manifeste des 343 » dans lequel elles revendiquent publiquement avoir subi un avortement (depuis une loi de 1942, celui-ci est considéré comme un crime passible de la peine de mort). En 1972, lors du Procès de Bobigny, l’avocate Gisèle Halimi obtient la relaxe pour Marie-Claire, une jeune fille ayant avorté après un viol. En décembre 1974, Simone Veil défend la dépénalisation de l’avortement devant une Assemblée nationale qui ne compte que neuf femmes. Après des débats houleux, la loi est votée. Elle reconnaît aux femmes le droit de décider d’interrompre une grossesse, mais elle ne prévoit pas le remboursement de l’avortement par la Sécurité sociale (instauré par la loi Roudy de 1982) et instaure une clause de conscience permettant aux médecins de refuser de le pratiquer (toujours en vigueur).
- En juin 2022, la Cour suprême des États-Unis est revenu sur la garantie fédérale du droit à l’avortement qui était assuré dans tout le pays depuis un arrêt de 1973. Dans les mois qui ont suivi, plus d’une vingtaine d’États ont voté des textes restreignant, voire interdisant, le droit à l’avortement. Aujourd’hui, près de la moitié des Américaines, et notamment les plus pauvres, celles qui ne peuvent se payer le voyage dans un autre État, sont privées du droit de choisir d’avoir un enfant ou pas.
- On est passé de moins de 50% des femmes qui travaillaient dans les années 1960 à près de 70% aujourd’hui (83% des 25-49 ans). Aujourd’hui, le revenu salarial des femmes reste inférieur de 22% à celui des hommes. Cet écart s’explique d’abord par une différence de durée de travail (27% des femmes exercent un emploi à temps partiel contre 8% des hommes), ensuite par leur sur-représentation dans des métiers peu qualifiées et donc mal rémunérés, notamment dans le secteur du soin (87% du personnel infirmier est féminin, tout comme 77% des professions intermédiaires de la santé et du médical, 70% des agents d’entretien sont des femmes), et enfin par le fait que leurs carrières sont hachées par les maternités (81% des mères en couple travaillent contre 96% des hommes).
- 43 % des 18-24 ans se déclarent féministes en France. C’est à peine plus que la moyenne tous âges confondus, qui se situe à 40 %.
- 94% des jeunes femmes considèrent qu’il est difficile d’être une femme dans la société actuelle, une progression de 14% par rapport à 2024 (rapport du HCE 2025).
- 45% des jeunes hommes considèrent qu’il est aujourd’hui difficile d’être un homme dans la société (+ 19 points chez les 15-24 ans en deux ans). 67% estiment qu’un homme doit faire du sport, 53% qu’il doit savoir se battre et 46% qu’il ne doit pas montrer ses émotions.
Citations
- "Les métiers du BTP (bâtiment et travaux publics), c’est dû à une réalité biologique. Il n’y aura jamais autant de femmes qui sont attirées par ces métiers que d’hommes, c’est juste comme ça. Les femmes seront toujours plus attirées par les métiers de la médecine, du soin, de l’assistance aux personnes, et pour moi, il faut pas chercher à toujours vouloir la parité.
- "Les femmes doivent faire deux fois plus, elles sont deux fois plus compétentes que certains hommes sur des postes. Pour moi, j’aimerais bien qu’il y ait l’égalité dans le monde. Maintenant, je sais que ça va pas être possible, malheureusement, parce que des gens s’y opposent. Mais le fait qu’une femme soit générale, colonelle ou commissaire, c’est très bien”.
- "Le fait que des femmes parviennent à ces postes là, on aura des nouvelles manières de penser, des nouvelles manières d’agir, et cela changera énormément le monde… je l’espère."
- "S'il n'y avait pas le féminisme, il n'y aurait pas toute cette déconstruction de ce qu'on appelle la masculinité toxique, qui fait que dans la tête des personnes qui ne connaissent pas la transidentité, un homme ne peut pas devenir une femme puisque l'homme c'est censé être une une carrure masculine, virile et du coup ce serait ridicule que cet homme abandonne ses privilèges... pour devenir une femme."
Ateliers en classe ou en groupe
Autour des paroles de femmes :
Les trois femmes qui ont l’âge d’être des grands-mères évoquent chacune un enjeu crucial des luttes féministes :
- La première raconte comment chez elle, le père et le frère ne faisaient rien pour aider aux tâches domestiques, et comment cette situation s’est reproduite dans son propre mariage = enjeu de l’éducation des garçons d’aujourd’hui à participer à la vie familiale, car c’est à la maison que commence la sensibilisation aux inégalités femmes-hommes (leur demander ce qu’ils font chez eux, si leurs sœurs en font plus, si leurs pères participent).
- La deuxième évoque l’avortement qu’elle a subi jeune fille et la violence d’avoir dû supporter la présence d’un berceau dans sa chambre d’hôpital = culpabilisation et mépris dans lequel on tenait les femmes qui avortaient, car la norme, c’est d’avoir des enfants, quand on s’en écarte, on est comme une traître à son sexe (leur demander ce qu’ils/elles pensent d’une femme qui ne veut pas d’enfants).
- La troisième relate le sexisme qu’elle a subi quand elle travaillait dans un hôpital, les tentatives d’attouchements, les sollicitations insistantes. Elle était infirmière et subissait ces pressions de la part de médecins = la position d’autorité et de supériorité hiérarchique autorise les hommes à harceler les femmes avec lesquelles ils travaillent (leur demander ce qu’ils/elles pensent d’une situation où le chef d’une femme veut l’inviter à dîner et qu’elle ne le souhaite pas mais accepte quand même = situation de domination dans laquelle la femme cède pour ne pas subir de sanctions dans son travail).
Débat : un homme peut-il être féministe ?
Pendant longtemps, les hommes ont pu considérer que le féminisme était une affaire de (bonnes) femmes ; ils ne peuvent plus aujourd’hui ignorer qu’ils sont concernés, car il est question de leurs relations avec elles, de leur sexualité, de leur sexisme, de leur violence.
Leur prise de conscience passe d’abord par le fait d’accepter de se renseigner et de comprendre ce qu’est le féminisme. Car c’est en connaissant l’origine de la domination patriarcale, et en prenant la mesure de l’intensité de ses mécanismes, que l’on peut ensuite réfléchir aux façons de les enrayer et participer aux combats féministes.
Être féministe, quand on est un homme, c’est :
- refuser de jouer le jeu de la domination masculine et reconnaître l’égalité de tous les individus, sans aucune distinction de sexe, de genre ou de sexualité ;
- lutter pour se débarrasser des injonctions à la puissance et des réflexes de violence, refuser par exemple de continuer à regarder de la pornographie ou intervenir quand un pote fait une remarque sexiste ;
- écouter quand une femme parle, accorder de la valeur à ce qu’elle dit, et croire ce qu’elle révèle des violences qu’elle a subies ;
- assumer des tâches domestiques sans attendre d’être sollicité, accepter de faire passer les projets de sa partenaire avant les siens ;
- se renseigner par soi-même et faire ensuite de la pédagogie féministe à destination des autres hommes.
Être féministe, quand on est un homme, c’est considérer que notre société est structurée selon une logique hiérarchique qui joue au détriment des femmes et qui confère des privilèges aux hommes. C’est œuvrer à renverser cette logique en contribuant à des décisions qui favorisent l’égalité réelle, dans la vie privée comme dans la vie sociale et professionnelle. Le féminisme n’est pas un mouvement contre les hommes, il est une dynamique de libération des femmes.
Ressources
- Aurélia Blanc, Tu seras un homme féministe mon fils, Marabout, 2024.
- Guillaume Daudin, Stéphane Jourdain, L’arnaque des nouveaux pères, Glénat, 2024.
- Camille Froidevaux-Metterie, Être féministe, pour quoi faire ?, La Martinière, ALT (collection pour les 15-25 ans), 2023.
- Stéphanie Lamy, La terreur masculiniste, Éditions du détour, 2024.




